posts de avril 2009


Cinq ans après l’introduction de l’informatique à l’école: bilan négatif

Elèves congolais

La République Démocratique du Congo célèbre le 30 avril de chaque année la journée nationale de l’enseignement. Plutôt que de revenir sur les préoccupations ressassées chaque année sur la baisse du niveau de l’enseignement et ses causes, faisons le bilan de l’introduction de l’enseignement de l’informatique dans les programmes scolaires. Il y a en effet cinq ans que le ministre de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel (EPSP) de l’époque, Constant Ndom Nda Ombel décidait d’introduire le cours d’informatique dans le programme enseignés à l’école secondaire. Une mesure applaudie des deux mains par toute la communauté qui rappelait que « les analphabètes du 21ème siècle seront ceux qui ne parlent anglais et ne pratiquent l’informatique ».

Cinq ans plus tard, qu’en est-il de ce que  certains ont salué comme une révolution dans notre système éducatif. A en croire M. Tino Musi, responsable d’un réseau d’école affiliées à l’Eglise du Christ au Congo, aucun progrès n’a été enregistré. Il n’existe pas de programme officiel pour dispenser le cours d’informatique, ce qui fait que les enseignants se débrouillent chacun à sa manière pour produire un programme. Plus grave, 90% des écoles qui enseignent les cours d’informatique ne disposent pas d’équipements pour ce faire. « Nous n’avons que trois ordinateurs en état de fonctionner pour plus de 600 élèves. Je ne donne donc mon cours que de manière théorique, en expliquant au tableau », regrette un professeur d’informatique dans une école pourtant réputée de l’Est de Kinshasa. Pour nous faire comprendre le dénuement dans lequel l’école se trouve, il nous amène dans la salle qui abrite l’équipement informatique. C’est une sorte de débarras ouvert à la poussière dans lequel sont entreposés de vieux ordinateurs Pentium 1 en panne. Difficile d’imaginer que l’on puisse procéder, dans un tel lieu, à l’initiation d’une science qui conditionne la marche du monde d’aujourd’hui.

Dans un article publié dans une de ses éditions de l’année dernière, Medi@tic a parlé d’une « école à trois vitesses ». (Ceux qui le souhaitent peuvent obtenir cet article en version PDF). Il apparaît, au regard de cette réalité qui concerne du reste la majorité des écoles du pays, que la révolution informatique n’est pas pour demain en République Démocratique du Congo. En d’autres termes, si on doit se référer aux perspectives tracées par François Ossama dans « Les nouvelles technologies de l’information. Enjeux pour l’Afrique subsaharienne » (Ed. L’Harmattan), la RDC ne saura pas effectuer son passage à  cette nouvelle société fondée sur l’immatériel, sur le savoir.

Les millions d’élèves congolais qui étudient dans ces écoles dépourvues des moyens pour les former, constitueront des cadres et une main d’oeuvre inadaptés aux besoins de cette nécessaire transition vers les économies du savoir. N’ayant pas pu intégrer de manière efficiente les technologies de l’information et de la communication dans sa plate-forme de développement dans un contexte mondial très évolutif et de plus en plus complexe, la RDC court le risque de l’économie mondiale, des échanges culturels. Avec comme conséquence qu’elle restera davantage pauvre.

Pourquoi s’évertuer à peindre un tableau aussi apocalyptique, au lieu de donner des perspectives plus optimistes. Voilà la critique que certains vont formuler. En oubliant que les réalités sont ce qu’elles sont. Et que si les décideurs congolais – et la communauté dans son ensemble – ne se secouent pas pour rattraper le temps perdu, nous nous réveillerons juste pour regretter toutes les occasions perdues. Comme nous le faisons actuellement quand nous rappelons que la RDC était la colonie la plus développée de l’Afrique noire, qu’elle avait le même niveau de développement que la Corée du Sud, l’Afrique du Sud et le Canada. N’attendons donc pas qu’il soit trop tard. A ceux qui ont des responsabilités dans ce domaine de les assumer. C’est aux résultats qu’ils seront jugés, non aux intentions exprimées. 

Le signal de RFI menacé de coupure à Kinshasa

Journalistes de RFI

Selon le sondage Les Points publié par Le Soft International dans son édition du mardi 28 avril 2009, Radio France Internationale (RFI) est la radio la plus suivie de Kinshasa. Cela, du fait de la qualité et de la diversité de ses programmes. Les auditeurs de cette radio ont malheureusement du mal à la suivre ces derniers jours en FM, le signal n’étant pas toujours disponible. Les plus obstinés se rabattent sur le signal FM en provenance de Brazzaville malgré sa faible qualité.

Nombreux sont ceux qui, dès lors, s’interrogent sur l’explication de ces perturbations. Il est vrai que, souvent, lorsqu’il pleut à Kinshasa, il faut attendre quelques heures avant de retrouver le signal de cette radio. La forte pluie qui s’est abattue sur Kinshasa ce week-end pourrait donc être une explication.

D’autres trouvent des explications dans les difficiles relations qu’entretient RFI depuis quelques temps avec les officiels congolais. Ils en donnent pour preuve la dernière interview que le ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende, a accordée à la Radiotélévision Groupe L’Avenir (RTG@) le week-end dernier. Le ministre Mende a relevé une suite de « griefs » à l’encontre de la  »radio mondiale ». Notamment:

- le mauvais traitement par RFI des informations en rapport avec l’élection du nouveau bureau de l’Assemblée nationale puisque la radio a évoqué une présomption de corruption des députés de la majorité

- des analyses qui, selon le ministre, souillent l’honneur du Gouvernement congolais et la diffusion de fausses nouvelles: le décès du président Kabila, la débâcle de l’armée à l’Est, l’incompétence des membres du Gouvernement…

Au regard de tous ces griefs, les responsables congolais, selon le ministre Mende, attendent l’arrivée à Kinshasa des responsables de RFI avec qui ils vont avoir des discussions sur la manière de la radio de traiter l’actualité relative à la RDC. Et si ces explications ne débouchent sur aucune issue satisfaisante pour les deux parties, a assuré Lambert Mende, il restera à interrompre le signal FM de RFI. Certains en arrivent à se demander si cette mesure n’a pas déjà été prise de manière préventive. Mais rien ne permet de l’affirmer.

Il faut rappeler que, pendant la guerre, bon nombre de Congolais accusaient RFI d’avoir carrément pris fait et cause pour leur ennemi et de faire partie des instruments de la guerre médiatique menée par le Rwanda. Ce dont la radio s’est, bien entendu, toujours défendue. En juillet 2006, en pleine période électorale, Ghislaine Dupont, spécialiste de la radio pour la région des Grands Lacs, n’avait pas reçu le renouvellement de son accrédication à cause de « sa manière partiale de traiter l’information ». C’est d’ailleurs, dit-on à Kinshasa, par elle que le scandale arrive toujours.

-    

Et si Obama inspirait nos politiques dans l’usage des TIC?

obama1.jpg

L’élection de Barack Obama à la Présidence des Etats-Unis a aussi été une illustration de la place prépondérante que prennent les technologies de l’information et de la communication dans la vie de nos communautés, particulièrement en politique. L’équipe de campagne du candidat Obama -  à l’époque – a en effet utilisé ces moyens pour atteindre et convaincre le plus grand nombre d’Américains à ouvrir leur portefeuille pour financer la campagne et à voter dans le bon sens.

Ce succès a été possible parce que le candidat lui-même a, très tôt, compris l’intérêt qu’il pouvait tirer de ces technologies.  »Son Blackberry toujours en main, le futur président américain est aussi un adepte du Web 2.0. Son équipe a, certes, mené une campagne classique, avec appels téléphoniques et porte-à-porte, mais elle a aussi exploité tous les recoins des blogs et des réseaux sociaux. Au cours de cette campagne, Barack Obama a également pris conseil auprès des patrons des nouveaux grands de l’IT, qu’il s’agisse de Google ou de Facebook. Parmi ceux qui auront la charge des nouvelles technologies, il a même déjà désigné Sonal Shah, une ancienne responsable de Google.org« , rapporte un article du Monde Informatique de l’époque.

La volonté politique est donc un élément fondamental pour une évolution de la situation des TIC en République Démocratique du Congo. Il ne doit cependant pas s’agir d’une « volonté politique » exprimée mais d’une volonté politique qui doit s’évaluer à travers des actions et des attitudes.

Pour en arriver là, il faut par conséquent s’assurer que les TIC représentent « quelque chose » dans la vie courante de nos décideurs, de nos politiques. Qu’en savent-ils réellement? C’est là, je crois, une question fondamentale. S’ils continuent à considérer les TIC comme des « lubies de jeunes », des outils pour les nouvelles générations, difficile d’espérer qu’ils puissent s’impliquer, se les approprier et prendre les décisions adéquates pour obtenir des résultats qui fassent avancer le Congo. A ce jour, je ne connais pas un seul blog animé par un politique et qui jouisse d’une certaine notoriété, tel qu’on en voit sous d’autres cieux. Si certains partis politiques ont des sites internet, ils ne « vivent » pas suffisamment et l’interaction y est rare. Au point que les journalistes se donnent rarement la peine de les visiter, alors qu’ils devraient représenter des vitrines pour les acteurs et les regroupements politiques.

Au moment où nombre d’électeurs se plaignent de n’avoir plus vu leurs élus depuis les dernières élections de 2006, les e-mails, blogs et autres sites internet interactifs seraient de formidables outils pour que l’information continue à circuler. Alors que la crise financière internationale fait s’évanouir les espoirs d’une amélioration rapide de la situation socioéconomique dans la majorité des pays, quoi de plus normal que de faire savoir que, sous d’autres cieux, les TIC figurent parmi les options pouvant permettre de relancer les économies.

Il faut peut-être, pour commencer, informer les politiques congolais sur ces technologies qui, comme leur nom l’indique, sont tout de même  nouvelles. Autant organise-t-on des séminaires sur les élections, la décentralisation et d’autres sujets liés à la gouvernance politique, autant faudra-t-il en faire sur les TIC. Medi@tic envisage d’adresser un courrier à tous les grands décideurs au niveau des deux chambres du Parlement pour plaider pour cette cause. Ne faut-il pas faire feu de tout bois lorsqu’on sait que la situation de la RDC dans ce domaine n’est pas des plus enviables? 

 

Difficile défi pour la RDC: adapter son économie aux TIC

kinshasa.jpg

En octobre dernier, Medi@tic avait mis en ligne un spot intitulé: « A peine dix ministères congolais en ligne ». Voici un commentaire que ce texte avait suscité: « J’ai lu votre intéressant blog et n’ai fais qu’y trouver confirmation de ce que je constate depuis deux jours : impossible de trouver des adresses mail de députés, sénateurs. Même le serveur de la Présidence et de son Porte-Parole est inaccessible. Je souhaite trouver un appui auprès des autorités congolaises afin qu’ils appuient des amis congolais (ONGD) qui souhaitent mettre en oeuvre un projet de développement durable relatif à l’habitat et la création de petites entreprises. J’ai rédigé le document de projet mais ne peut pas le présenter sans soutien aux bailleurs de fonds. Je suis belge ! Comment contacter ces gens ? ». Une manière de dire que la présence de la République Démocratique du Congo sur la toile laisse encore à désirer si, pour les personnes qui en ont besoin, obtenir les contacts des institutions pose encore problème à ce point. C’est aussi une illustration du chemin que le pays doit parcourir s’il tient à combler la fracture numérique qui l’éloigne encore, jusqu’ici, des autoroutes de l’information. Pour illustration, si on s’en tient aux statistiques de l’Union Internationale des Télécommunications (http://www.itu.int/ITU-D/ict/publications/idi/2009/material/IDI2009_w5.pdf), la RDC figure vraiment en bas de l’échelle (154ème place), en rapport avec les technologies de l’information et de la communication (TIC) puisqu’à peine trois pays – parmi les plus pauvres du continent – se retrouvent derrière lui (Guinée-Bissau, Tchad, Niger). C’est dire.
C’est dans ce contexte que le ministère congolais des Postes, téléphones et télécommunications (PTT) vient de lancer une étude dont l’objectif « est de définir une feuille de route assortie d’un plan d’action prioritaires visant à lever les principales contraintes pour faciliter l’utilisation du potentiel des TIC pour améliorer le climat des affaires en RDC, l’attrait des investissements, la croissance et la compétitivité de l’économie et, en particulier, celle des entreprises ». Pour faire plus simple, il s’agit d’accélérer le processus d’adaptation de l’économie congolaise aux technologies de l’information et de la communication. Très vaste programme, au regard du difficile état des lieux présenté plus haut. Par où, par quoi faudra-t-il commencer? C’est pour répondre entre autres à cette question que le cabinet international italien Agora a été recruté. Dans cet exercice, le ministère des PTT bénéficie du concours financier de la Commission Européenne à travers la « Facilité climat des affaires (BizClim) », une initiative conjointe ACP/CE financée par le 9ème FED dans le cadre des accords de Cotonou.
Le consultant international commis sur terrain, M. Gaston Zongo – de IMPACT-Africa Project – s’est déjà mis à la tâche, secondé par un consultant national, M. Christian Ilunga de Global Web Dimension (GWD), bien connu dans le monde des TIC de Kinshasa. Première étape de leur travail de terrain, un échange avec la ministre congolaise des PTT, Mme Louise Munga Mesozi avec qui ils se sont entretenus le mardi 21 avril dernier. Elle leur a donné un aperçu général de la situation des TIC en RDC et des efforts fournis par le gouvernement pour une évolution plus rapide dans le secteur. Second interlocuteur, le ministre du Plan, Olivier Kamitatu qui a présenté aux deux consultants « une série d’initiatives mises en place pour combattre la pauvreté et qui auront besoin du support des TIC ». Il s’agit, selon M. Christian Ilunga, d’un des entretiens les plus importants qu’ils ont eu et qui leur a permis d’avoir « une vision globale et importante de ce qui se passe au Congo ». Ce qui leur permettra de développer plus aisément la feuille de route qu’ils doivent présenter au gouvernement.

Une étude de plus?


Cette feuille de route, une fois élaborée, sera au centre d’un atelier national de restitution prévu du 6 au 7 mai et auquel sera associé une centaine de participants dont 25 venant des provinces hors  Kinshasa. Sur la liste figurent les opérateurs des télécoms et autres fournisseurs de service TIC, les médias, les organes de régulation, l’Administration publique et structures parapubliques, le Parlement, le secteur privé ainsi que la société civile. Auxquels se joindront les partenaires au développement. S’agira-t-il d’un atelier de plus dès lors qu’on sait qu’un certain nombre d’assises ont été tenues pour la promotion des TIC sans qu’un véritable déclic n’ait eu lieu depuis? En août dernier, les acteurs du secteur, à l’initiative du ministère des PTT, se sont retrouvés pour approuver et adopter le projet de loi sur les TIC. Sept mois après, ce projet n’a toujours pas été adopté au gouvernement, encore moins présenté au parlement. En juillet 2008, pratiquement les mêmes acteurs s’étaient retrouvés dans un « atelier de préparation à l’élaboration de la stratégie TIC du gouvernement congolais » avec l’appui de la Banque Mondiale. Est-il possible d’évaluer, aujourd’hui, les retombées de cette rencontre? Difficile à dire. Pour M. Christian Ilunga, la feuille de route en phase d’élaboration ne sera pas « une étude de plus. « Nous allons veiller au cadre institutionnel et allons réclamer à cor et à cri l’appui du gouvernement parce que nous pensons que si l’impulsion vient d’en haut, tous les efforts et la feuille de route qui sera proposée au gouvernement pourront être maintenus », insiste-t-il. A l’en croire, « la spécificité de cette étude comparée à d’autres qui ont été faites avant » est la présence, à coté de l’expert international, d’experts nationaux qui restent sur terrain et qui veilleront à ce que les propositions qui seront faites au ministère des PTT et le cadre institutionnel qui sera mis en place puissent réellement prendre forme et amener à la réalisation de tout ce qui aura été proposé dans le cadre de la feuille de route. Reste à savoir si, à travers cette mobilisation des politiques et des experts, la RDC a atteint la masse critique nécessaire pour que le processus de mise à niveau dans le secteur des TIC s’enclenche enfin. Beaucoup de pays aux situations pas très différentes (Angola, Sénégal…) de la nôtre y sont arrivés. Pourquoi pas nous?      

Ridicule conflit entre le ministère des PTT et l’Autorité de régulation des Postes et Télécommunications

antenne.jpg

Il s’agit d’une situation quelques peu surréaliste, d’une guéguerre entre deux structures de l’Etat qui, pourtant devraient être complémentaires. Dans un communiqué diffusé ce matin par les médias, la ministre des PTT, Mme Louise Munga Mesozi, conteste à l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunication (ARPTC) le droit d’attribuer des fréquences aux concessionnaires de service public des télécommunications. Se référant aux décisions n°001/ ARPTC/CLG/2009 du 14 janvier 2009 et n° 005/ ARPTC/CLG du 24 février 2009 qui ont été soit publiées au Journal Officiel (en plus), soit notifiées ou communiquées aux bénéficiaires, elle rappelle que, « pour être régulière, cette allocation aurait dû, en application de l’alinéa 2 de l’article 19 de la loi­cadre n° 013/2002 du 16 octobre 2002 sur les télécommunications en République démocratique du Congo, -être sanctionnée par son approbation et la signature des avenants aux titres détenus ». Et comme « la ministre des Postes, Téléphones et Télécommunications, autorité légale compétente pour attribuer et modifier les licences de concession de service public des télécommunications n’a pas approuvé lesdites décisions ni signé les avenants y relatifs »,  les opérateurs concernés « ne doivent aucunement se prévaloir des décisions incriminées ». 

Imaginez la situation de ces opérateurs qui se retrouvent au milieu d’une bataille de deux structures de l’Etat qui, pourtant, ont toutes les raisons de s’entendre pour que cet important secteur de la vie économique de la nation rapporte le plus possible. Et ce conflit intervient au moment où l’Etat est en quête d’importants moyens pour financer son programme de reconstruction et faire face à la crise financière internationale. 

Arrêter la pagaille 

Voilà pourtant plus d’une année que dure la guéguerre entre le ministère des PTT et l’ARPTC. Elle avait déjà été épinglée par la commission diligentée l’année dernière par le Sénat pour étudier la situation du secteur des télécommunications en RDC. La commission Mutinga stigmatisait le fait que, à cause de ce conflit, « les licences soient bradées et les fréquences distribuées à la pelle ». En termes clairs le gouvernement congolais perd de l’argent parce qu’un conflit oppose deux de ses structures pourtant complémentaires. N’y a-t-il donc personne pour mettre fin à ce gâchis ? La question peut être posée : pourquoi cette situation persiste-t-elle ? Il faudrait que, une fois pour toutes, cette situation qui ridiculise l’Etat congolais prenne fin ! Sinon, comment se crédibiliser face à des investisseurs qui ne demandent mieux que de disposer d’un environnement qui favorise les affaires ? Pourquoi donc ce « conflit de compétences » perdure-t-il donc ? Et la réponse est qu’il s’agit d’un secteur où circule énormément d’argent. Les intérêts s’entrechoquent et paralysent ceux qui, en principe, devaient prendre les décisions qui s’imposent. Au détriment des Congolais. 

RTNC : controverse autour des frais payés par l’Assemblée nationale pour la retransmission des débats

mende.jpg

Il y a quelques jours, le ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende, était reçu par des journalistes présentant des émissions en lingala sur différentes chaînes de la capitale. Une des questions qui lui avaient été posées se rapportait à la non-retransmission en direct, depuis quelques jours, des débats de l’Assemblée nationale par la Radiotélévision Nationale Congolaise (RTNC).

Dans sa réponse, Lambert Mende déclarait qu’il ne fallait pas sous-estimer la colère des agents de la RTNC qui en voulaient à l’Assemblée Nationale à cause du manque à gagner qu’elle lui occasionnait chaque fois que les débats étaient diffusés en direct. « Les annonceurs sont partis et la chaîne n’a plus un sous pour subvenir à ses besoins. La tension est forte et je comprends la colère des agents de la RTNC », déclarait en substance Lambert Mende.

Le ministre de la Communication et des Médias vient d’être contredit par le président démissionnaire de la chambre basse du parlement, Vital Kamerhe qui a révélé, au cours de la plénière du jeudi dernier que la RTNC ne connaissait pas, sur le plan financier, de manque à gagner parce que le temps d’antenne occupé par l’Assemblée nationale était payé. « Du tac au tac, Vital Kamerhe s’est tourné vers le questeur démissionnaire et lui a demandé séance tenante de dire à la plénière, et par ricochet à toute la nation congolaise combien l’Assemblée Nationale déboursait mensuellement pour payer à la RTNC. Réponse : 37.500.000 FC, soit environ 45 mille dollars américains. Emotion dans la salle, surtout du coté du public qui suivant les allégations répétées du porte-parole du gouvernement, ne  pouvait pas s’imaginer un seul instant qu’une institution de la République pouvait payer ce genre de services alors qu’il n’en est pas le cas pour le gouvernement et encore moins pour la Présidence de la République », rapporte Le Phare.

Nombreux sont ceux qui, dans l’opinion, estiment simplement que la RTNC, service public, est utilisée dans le conflit qui oppose le président démissionnaire de l’Assemblée nationale à sa famille politique. De quoi interpeller les uns et les autres sur le respect de cet instrument qui appartient au peuple congolais et dont la mission première est, non pas de servir de champ de bataille aux politiciens, mais de contribuer à une information juste et impartiale du peuple.

A la RTNC, c’est la question d’actualité au sein du personnel: où sont passés les 37 millions? Tous espérènt que la lumière sera faite sur le sujet. A l’un de ses collègues qui exprimait sa détermination à mettre le sujet sur la table pour avoir des explications auprès des autorités de la régie, un autre agent a expliqué en chuchotant: « il ne faut jamais chercher à sortir la tête dans ce genre d’histoire ». Un véritable avertissement. 

Des journalistes réfractaires aux nouvelles technologies de l’information et de la communication

 Journalistes congolais

« J’ai été pendant quelques années chargé de communication d’une ONG internationale. Chaque fois que nous publiions un communiqué, j’avais plus de chance de le voir traité par la presse si je l’envoyais sur support papier que si je l’expédiais par mail », reconnaît un journaliste. Voilà le premier indice de l’appropriation ou de la maîtrise des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le milieu des professionnels des médias à Kinshasa, capitale de
la République Démocratique du Congo. Facile de comprendre la stupeur des personnes qui vivent dans des sociétés « normales » et pour qui les mails font partie de la vie de tous les jours même pour les plus jeunes de leurs enfants.

Le problème, on le voit, est réel et profond. Si déjà, les journalistes qui sont censé être les plus grands utilisateurs des TIC au regard des facilités qu’elles leur apportent dans l’exercice de leur travail, accusent autant de retard, comment espérer que le reste de la communauté – qui doit bénéficier de l’éclairage des communicateurs – puisse progresser ?

Le résultat est que le traitement de l’information en rapport avec les TIC s’en ressent. C’est le moins que l’on puisse dire. Feuilletez les publications locales, vous ne trouverez pas grand-chose. Sauf peut-être quelques articles ponctuels liés à des événements. Aucun suivi systématique pour un secteur qui est en train de changer la vie des gens, les conditions de travail ou d’étude, les rapports des facteurs de production… Et qui draine énormément d’argent. Dans les médias audiovisuels, moins de cinq émissions, alors que Kinshasa compte plus de 40 chaînes de télévision. Et le contenu de ces émissions laisse parfois à désirer.

Remédier à la situation

En y regardant de près, il se pose un problème – même si la lise des problème est longue – de « renforcement des capacités » pour utiliser un terme en vogue dans les milieux des organisations internationales. C’est-à-dire que pour ces technologies qui sont plus que nouvelles pour la majorité des Congolais, il n’y a pas eu suffisamment de transmission de connaissances, d’initiation. Or, les gens n’ont pas la science infuse. S’ils n’ont pas été initiés, ils ne peuvent pas y accéder, d’autant que leur environnement ne leur facilite pas la tâche.

Dans les sociétés du Nord, l’école – où tous les enfants en âge de scolarité sont du reste inscrits – sert de structure de transmission de ces nouvelles connaissances. Sans oublier qu’il y a d’autres structures-relai. Et que ces technologies de l’information sont le prolongement d’autres modes de communication déjà courantes dans ces sociétés. C’est qui n’est pas le cas dans la société congolaise.

C’est donc au niveau de la formation qu’il faut agir en premier si l’on tient à décanter de la situation sous cet angle. « Nous avons organisé une formation ici pour les professeurs d’université. Et nous nous sommes rendus compte que la plupart d’entre eux n’avaient pas d’adresses mails. Nous avons dû en créer séance tenante parce qu’elles devaient les aider à garder contact et à échanger entre eux sur leurs productions, leurs travaux… », avoue un responsable du Campus Numérique Francophone de Kinshasa.

Le chantier est donc immense. Il faut d’abord initier les formateurs habituels que sont les enseignants aussi bien de l’université que des autres niveaux. C’est à eux d’assurer le relai à la masse. Il y a aussi lieu d’organiser des séminaires et ateliers de renforcement des capacités des professionnels des médias et combler rapidement la fracture numérique dont ils souffrent au moment où les médias du reste du monde roulent à grande vitesse sur les autoroutes de l’information.