Peut-on « moraliser » les médias ?

Posté par mediatic le 25 août 2008

Pour le président de la Ham, Primo Mukambilwa, la musique congolaise moderne est devenue une drogue, un opium qui enivre et affole ses adeptes au point d’exalter des réactions de vandalisme jusqu’au hooliganisme le plus sauvage. Une situation dans laquelle, à son avis, les médias ont une responsabilité particulière parce qu’ils contribuent à relayer la production de ces artistes en montrant à l’opinion des spectacles interminables où des danseuses à demi-nues, pendant des heures de pointe alors que parents et enfants sont au salon ou à table.

 

Agir en amont

 

« Nous voulons travailler surtout dans le cadre de la logique en amont. Nous voulons conscientiser suffisamment les acteurs musicaux, les producteurs de musique, ainsi que les directeurs de programme et les présentateurs des émissions culturelles, pour qu’ils sachent qu’en visionnant en amont les éléments qui doivent passer, en ayant assez de responsabilité de tri entre ce qui valorise la société et ce qui la détruit, ils auront à contribuer à ce que la culture puisse être positive. », a expliqué Primo Mukambilwa.

L’opinion a été très partagée dernièrement à la suite de la décision de la Commission de censure d’interdire la diffusion dans les médias audiovisuels des œuvres de certains artistes congolais. « Pourquoi n’a-t-elle pas joué son rôle avant que ces œuvres n’arrivent sur le marché», se sont demandé bien des observateurs.

Il est en effet évident que la qualité et le contenu des produits diffusés dans les médias dépend de beaucoup d’acteurs. A commencer par l’Etat. L’article 83 de la loi du 22 juin sur la liberté de la presse lui permet de sanctionner la « diffusion de documents, films ou video-cassettes contraires aux lois, aux bonnes mœurs et à l’ordre public ». L’Etat a déjà usé de cette disposition, ce qui a permis d’interdire la diffusion de films pornographiques tard la nuit sur certaines chaînes de télévision.

Pour bien de parents, l’Etat ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Certains films ou certains spectacles musicaux diffusés sont carrément attentatoires à la pudeur et aux bonnes mœurs. « Je ne suis jamais un film en présence des enfants », explique un parent qui regrette l’époque où la RTNC, seule chaîne disponible, visionnait tous les films au préalable et coupait déjà à son niveau toutes les scènes sujettes à caution.

Cette révolte des parents reste malheureusement une réaction de salon. Aucun mouvement social pour l’accompagner. Pourtant, les consommateurs d’un produit peuvent influer sur la vie de celui-ci. La publicité est là pour l’attester. Le jour où les associations des parents, dans toute leur diversité – en se fondant sur leur affiliation religieuse, morale, culturelle ou autre – se mobilisent, il est certain que les médias vont modifier le contenu de leur programme.

 

Le souverain téléspectateur

 

Il est clair à ce propos que si certains médias peuvent se permettre d’offrir « n’importe quoi » à leurs consommateurs, c’est parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas de compte à leur rendre. L’émission peut être de mauvaise qualité, elle peut violer les prescrits de la loi. Tant que le présentateur, les producteurs, les sponsors ou la chaîne estiment que sa diffusion doit continuer, c’est ce qui sera fait.

Sous d’autres cieux – dans les pays plus organisés – la valeur d’un média est fonction de l’audience qu’il recueille. On parle même parfois de la dictature de l’audimat. Mais au moins, ce sont les téléspectateurs, destinataires ultimes du produit des médias, qui en orientent les grilles des programmes. Des émissions ont ainsi disparu, des présentateurs ont été virés parce qu’ils n’ont pas plu aux consommateurs. Des institutions spécialisées existent d’ailleurs pour mesurer l’impact de chaque media ou de chaque programme sur le public. Un paramètre dont se servent les annonceurs pour choisir le support à utiliser pour la promotion de leurs produits.

Nous sommes encore loin de cette perspective. Dans l’entre-temps, les parents, les responsables religieux, les pouvoirs publics ou les moralistes vont continuer à subir « la dictature des producteurs ». A moins que chacun se décide à agir pour changer les choses.

 

Responsabilité partagée

 

Si la communauté a le droit de demander des comptes aux médias, elle se trouve aussi dans l’obligation de s’interroger sur sa propre attitude. Elle ne doit en effet pas perdre de vue que les médias jouent un rôle d’intérêt public. L’information est en effet un facteur essentiel dans le fonctionnement des communautés humaines. C’est l’un des moteurs de développement. La liberté d’expression est l’essence de la démocratie.

Dès lors, il serait logique que la communauté mobilise les moyens qu’il faut pour accompagner ces hommes et ces femmes des médias dont les défaillances peuvent occasionner des conséquences graves sur la marche des sociétés. L’absence d’information, la circulation de fausses informations débouchent sur des perturbations de l’ordre public, sur des conflits ethniques et sociaux, etc. Qu’on se rappelle le climat de tension dans lequel Kinshasa a vécu il y a quelques temps lorsque couraient des rumeurs sur l’assassinat du président Kabila.

Si l’Etat trouve bien des moyens pour aider le secteur sanitaire, les hôpitaux, il ne devrait pas oublier que les médias contribuent à soigner les esprits. Surtout dans un pays post-conflit comme la RDC dont les institutions, après des élections assez mouvementées, sont encore assez fragiles.

Les médias méritent donc autant d’attention. Ce qui n’est malheureusement pas le cas. L’aide à la presse, pourtant prévue dans la loi 022 de juin 1996, n’a jamais été traduite dans le concret. Les 2 millions de dollars promis par le Gouvernement depuis deux ans, se font toujours attendre.

Les particuliers, de leur coté, se donnent rarement la peine de s’investir dans cette bataille qui est pourtant aussi la leur. Lorsqu’un homme des médias se retrouve en prison ou confronté à la justice, il bénéficie rarement du soutien de l’opinion dans l’intérêt de qui pourtant il pense travailler. Etre exigeant envers les hommes et femmes des médias, c’est aussi contribuer à ce qu’ils travaillent dans un environnement qui leur permette de bien servir la communauté. Sinon, le contrat social qui lie les parties est rompu.

 

Anicet DUNIA

 

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Bonjour tout le monde !

Posté par mediatic le 25 août 2008

Ce blog est le vôtre. Il vous informe mais n’a pas la prétention de posséder tout le savoir du monde. Surtout dans un domaine aussi « global » que celui des médias et des nouvelles technologies de l’information. Un secteur où le pouvoir est décentralisé, accordé à celui qui veut l’exercer et qui dispose des compétences requises. Saisissez-vous en donc, apportez votre contributions à nos textes. En bref, soyez réactifs. « Ne restez plus passif dans un monde interactif », comme le recommande le journal Medi@tic.

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